« La connaissance individuelle des cerfs mâles et la concertation concernant leur respect jusqu’à un âge avancé, à l’échelle du massif forestier tout entier. »

Annuellement, des quotas de cervidés à abattre sont fixés par l’administration. Ce plan de tir, tel qu’il est appliqué actuellement, ne permet pas de gérer qualitativement la population de manière très fine. Or en matière de chasse au cerf, un élément majeur intervient de manière beaucoup plus flagrante que chez les autres espèces : la « trophéite ». En deux mots, le chasseur a souvent la fâcheuse tendance de pratiquer une sélection inverse de celle qu’effectuerait la nature (prélever essentiellement des tout jeunes et des tout vieux). En effet, si celle-ci a prévu que seuls les individus les plus forts et imposants accèdent à la reproduction, le chasseur lui, fait régulièrement en sorte que ceux-ci n’atteignent jamais la fleur de l’âge : plus un cerf est beau et prometteur, plus il est occis prématurément (pour ne pas le laisser au voisin)…C’est là le grand drame de l’espèce.

Or, donner unâge précis avec certitude à un cerf de plus de 5 ans que l’on ne connaît pas est presque impossible et faute de connaissance et/ou de bonne volonté, les cerfs tombent au plus tard en pleine adolescence, avec toutes les conséquences biologiques que cela comporte : accès à la reproduction pour les moins forts (évolution négative) ou les moins mâtures (dégénérescence), diminution de l’efficacité de reproduction, étirement du brâme (retard des naissances, épuisement des animaux à l’automne), dégâts comportementaux des groupes de jeunes cerfs sans patriarche…

Un remède à ce problème : la connaissance individuelle des cerfs mâles et la concertation concernant leur respect jusqu’à un âge avancé, à l’échelle du massif forestier tout entier.
Le principe ? Connaître les individus dès leurs premières années (idéalement 3 à 5 ans-leur âge est alors facilement attribuable-) et les suivre ensuite plus ou moins annuellement par mues et par photographies successives (leur ramure étant globalement comparable d’une année à l’autre).
Une fois que les cerfs suivis ont atteint l’âge de la récolte (10 ans serait un « bel âge » pour les cerfs moyens, 13 ans un bel objectif -tant biologique que cynégétique- pour les cerfs exceptionnels), ils sont déclarés tirables quelles que soient leurs caractéristiques physiques.
Dans un massif d’Ardenne, Solon et ses partenaires ont prouvé qu’un tel suivi était non seulement possible mais constituait un outil de gestion inégalé, tant quantitativement que qualitativement. Ainsi, sur le secteur considéré (12.000 ha), 95 % des cerfs âgés de 5 ans et plus sont connus individuellement (mues et/ou photos), ce qui permettra une gestion réellement durable et fine de la population.