A propos de l’ouverture des cerfs, biches et faons au 21 septembre

AGW 2001-2006

Lors de la période couverte par l’AGW quinquennal d’ouverture et de fermeture de la chasse (2001 à 2006), sous le ministre de tutelle J. Happart, tous les cervidés voyaient leur date d’ouverture de la chasse alignée au 01 octobre. On pouvait y voir une logique biologique destinée à favoriser une période de brame sans intervention du monde de la chasse et donc également une quiétude offerte aux cervidés durant cette période importante de reproduction. Plus prosaïquement cependant, le Ministre en question étant un fervent adepte et …  invité sur des territoires où les cerfs tombent … jeunes et en battue.

C’est durant ce quinquennat également que furent lancées les premières initiatives de fermeture de parties de massifs forestiers aux promeneurs aux heures proches du coucher du soleil et jusque trois heures après son lever pour garantir cette quiétude des cerfs en période de brame.

AGW 2006-2011.

Le Ministre B. Lutgen reprend ce portefeuille et présente son projet d’AGW quinquennal au Gouvernement wallon pour la période 2006 à 2011. Son projet comporte une modification significative. Les chasseurs souhaitent pouvoir tirer les « grands cerfs » plus hâtivement en septembre (ils demandent le 15 septembre), prétextant qu’après le 01 octobre, les vrais vieux cerfs sont difficilement trouvables … ou auraient des andouillers cassés. Le Ministre fait la proposition du 21 septembre.

Il argumente de ce choix auprès du Gouvernement wallon en précisant que le but est de tirer des cerfs de récolte :

Présentation de l’arrêté quinquennal en 2° lecture au GW en 2006 :

“Pour le cerf, la possibilité de le chasser à l’approche et à l’affût à partir du 21 septembre. Cette date devrait permettre de prélever, dans de bonnes conditions, des cerfs de récolte à une période où ceux-ci sont plus spécialement observables.”

Le législateur répond très clairement à la demande des chasseurs de pouvoir bénéficier de dix jours supplémentaires, en septembre pour pouvoir tirer des cerfs de récolte qu’ils ont laissé vieillir. Il s’agit de profiter de la période du plein brame pour récolter les fruits d’une politique de vieillissement. Et donc de modifier le précédent arrêté quinquennal (2001-2006) qui ouvrait tous les cervidés le 01 octobre.

Pendant 5 années cynégétiques donc, les chasseurs ont eu la possibilité de démontrer le caractère utile de cette date avancée d’ouverture de la chasse pour récolter de vrais cerfs de récolte pour reprendre les termes du Ministre. Seuls les grands cerfs (double chandelier) étant concernés par cette date avancée, le nombre de balles tirées devait s’avérer très faible et n’être donc pas incompatible avec la philosophie d’une fermeture partielle de massifs forestiers pour cause de quiétude (conservation de la nature).

Bilan de ce quinquennat :

Ou : Comment les chasseurs ont-ils répondu à l’offre qui leur était ainsi faite par le politique ?

Nous avons analysé les résultats des quatre premières années du quinquennat.

312 cerfs ont été tirés durant ces 10 jours supplémentaires de septembre (dont 3 petits cerfs ! ne portant donc pas de chandelier bilatéral)

L’âge de récolte est habituellement admis comme devant se situer à 10 ans et plus. Certains conseils cynégétiques l’inscrivent d’ailleurs tel quel dans leur ROI et n’autorisent le tir des grands cerfs qu’à ce stade de dix ans.

En estimant qu’une erreur d’un an reste possible, nous avons décidé de dresser ici la liste des cerfs de 9 ans et plus tirés durant ces dix jours de septembre et durant ces quatre premières années du quinquennat qui s’est terminé en décembre 2010.

Tous les chiffres sont disponibles par conseil cynégétique, par jour et par année de tir et par âge du cerf tiré. Ce fut bien là notre base de données.

Nous nous contenterons ici de donner les chiffres globaux.

Sur les 20 conseils cynégétiques qui ont tirés des grands cerfs durant cette période (21/09-30/09) et durant ces quatre années (2006-2009) :

–                          30,4 % des cerfs avaient effectivement 9 ans et plus

–                          48,7 % avaient moins de 8 ans (dont 8% avaient moins de 5 ans !)

–                          20,8 % n’ont pas subi de détermination de l’âge (par absence de remise de mâchoires)

Si, de ces 20 Conseils cynégétiques, on en retire un seul, à savoir l’UGCSH (Unité de gestion cynégétique de Saint-Hubert) connue et réputée hors frontières pour sa politique déjà ancienne de vieillissement des grands cerfs, les statistiques des 19 autres conseils cynégétiques sont nettement moins bonnes encore :

–                          21,4 % des cerfs seulement avaient effectivement 9 ans et plus

–                          50,4 % avaient moins de 8 ans (dont 9,9 % avaient moins de 5 ans !)

–                          28 % n’ont pas subi de détermination de l’âge (par absence de remise de mâchoires)

Sur le plan quantitatif :

Ces 10 jours de chasse supplémentaires octroyés en plein brame ont permis le tir de 312 cervidés en 4 ans. Sur la même période (2006-2009) ce sont près de 20.000 cervidés qui ont été tirés en Région wallonne. Ces dix jours supplémentaires, en plein brame, ne concourrent donc qu’à … 1,5 % du plan de tir global. Insignifiant donc au niveau de l’enjeu quantitatif.

Sur le plan qualitatif :

Sur l’écrasante majorité des conseils cynégétiques (19 CC sur 20), seulement un cerf sur cinq, tiré durant ces dix jours supplémentaires de plein brame, peut être considéré comme un cerf de récolte (en rappelant que la barre de 9 ans a finalement été retenue et non celle, pourtant plus normale déjà, de 10 ans).

Sur un seul (UGCSH) des 20 conseils cynégétiques concernés par le tir de grands cerfs, près de 60 % des grands cerfs tirés ont effectivement 9 ans et +.

Le pari fait par le Ministre et exposé au Gouvernement wallon a donc bel et bien échoué. Il présente au Gouvernement wallon une date d’ouverture anticipée pour les grands cerfs pour permettre au monde de la chasse de récolter des cerfs mûrs. Et les chasseurs lui présentent un bulletin avec une côte de 20 %. Soit un échec magistral.

Il est piquant également de constater que les Conseils cynégétiques qui ont des règles permettant réellement aux cerfs de vieillir avaient bel et bien continué à récolter ces cerfs mûrs à partir du 01 octobre, sous le précédent quinquennat. Qu’ils étaient donc arrivés à les voir … Et que le 21 septembre pour ces bons élèves n’était aucunement une nécessité.

Dans toutes les bonnes écoles, un tel résultat n’offre jamais le passage dans l’année supérieure mais même pas de seconde session.

Or le Ministre va leur offrir des vacances ensoleillées !

Arrêté quinquennal (2011-2016) :

Quelle analyse de ces biens piètres résultats est faite par le Ministre B. Lutgen qui a gardé ces compétences liées à la chasse et qui doit donc préparer le prochain arrêté quinquennal ?

Très singulièrement, aucune !

Au contraire, non content de continuer à offrir le tir des grands cerfs, le 21 septembre verra également s’ouvrir la possibilité de tirer les petits cerfs, les biches et les faons. Cela offre au moins l’avantage de ne plus devoir argumenter sur le tir des cerfs mûrs. Cela offre également l’avantage de pouvoir tout tirer, sans plus du tout se préoccuper de ce que l’on tire.

Quel sens caché alors peut-on trouver à ce blanc seing offert à des étudiants pourtant busés dans les grandes largeurs ? Serait-ce un espoir de réduction des densités ?

La priorité majeure de cet arrêté (2011-2016) devait être de réduire les abcès locaux de surdensités là où ils persistent. Or une réduction des densités se fait en ponctionnant dans les femelles. La demande d’allongement de la période de tir de tous les mâles est donc absolument non pertinente face à cette priorité.

La demande des chasseurs d’allongement de la période de chasse des non boisés en janvier était également non pertinente. Les conseils cynégétiques doivent veiller à ce que toute restriction de tir durant les trois mois habituels d’ouverture (octobre à décembre) soit levée durant ce quinquennat, là où les situations de surdensités l’imposent. Un plan de tir, à l’échelle d’un CC se réussit en début de saison. La faculté de glisser des bracelets d’une chasse à l’autre doit également être systématique dans ces zones de surdensités. Enfin les poursuites judiciaires doivent être effectives à l’encontre des chasses qui, de façon récurrente, n’atteignent pas leur quota. Enfin, la possibilité de battues administratives doit être envisagée en cas de situation durablement hors norme, comme le pratiquent d’autres pays européens.

Ouvrir au 21 septembre pour faire baisser les densités est donc un horrible faux prétexte.

Lors du précédent AGW offrant le tir des cerfs mûrs au 21 septembre, nous avions fait le pari que les chasseurs n’en feraient pas bon usage. Cinq ans plus tard, ils nous ont donné raison au delà même de nos craintes les plus fortes.

Nous faisons aujourd’hui un pari équivalent pour ce quinquennat qui vient de s’ouvrir.

La période d’ouverture des non-boisés (biches et faons) du 21 septembre au 30 septembre ne verra tomber qu’un nombre totalement insignifiant de non boisés. Mais les cerfs boisés quant à eux vont tomber allégrement et sans plus le moindre souci de mâturité atteinte.

Ou comment revenir avec un horrible bulletin et se voir offrir un cadeau plus grand encore ….

Quiétude au brame ?

Dès la saison 2010, le Ministre a pris des arrêtés de fermeture de différents massifs forestiers pour garantir la quiétude des cervidés durant le brame, comme le nouveau code forestier lui en donne le pouvoir. Il a confirmé, par voie de presse, souhaiter étendre cette mesure à d’autres massifs dans les prochaines années.

Pratiquement donc, de simples promeneurs se voient interdire l’accès à des parties importantes de massifs forestiers entre 17.00 le soir et 09.00 le lendemain matin et cela pour les trois semaines de plein brame.

Le grand public, sensibilisé à cette nécessaire quiétude du brame, peut accepter ce principe et en saisir l’intérêt. Il accepte de voir cadrer sa liberté de promenade pour un intérêt supérieur qui est celui de la quiétude des grands animaux, coulée dans une décision ministérielle pour cause de « conservation de la nature »

Mais il devient complètement impossible d’expliquer au grand public que des secteurs importants de la forêt doivent lui être fermés durant près d’un mois aux plus belles heures du jour si la chasse, à tous les cervidés, y est pratiquée dans le même temps. A fortiori pour un prélèvement quantitativement aussi insignifiant et qualitativement aussi peu probant.

L’argument de la quiétude du brame et de la conservation de la nature ne serait-il utilisé que pour offrir aux chasseurs un terrain de jeu qu’ils ne souhaitent pas partager ?

Le bulletin rapporté fin 2010 était des plus médiocres. Mais le Ministre a cependant décidé de récompenser les mauvais élèves en lui offrant des vacances prolongées les 5 prochains automnes.

Et voilà qu’en prime, il garantit aux mauvais élèves que leurs vacances se passeront sur une plage privée …

Ou quand les élèves dictent leur loi au professeur …

Un ministre sous influence ?