Le Ministre Di Antonio a présenté dès juin 2012, 25 mesures, très largement négociées avec les représentants du monde de la chasse, pour réduire les densités de grand gibier en Région wallonne.
La mesure 7 prévoyait d’allonger les périodes de chasse au grand gibier. Le monde de la chasse argumente en effet depuis très longtemps du fait que leur volonté de réduire les densités est contrecarrée par des périodes de chasse trop courtes. L’engagement du Ministre entendait donc répondre à cette demande des milieux cynégétiques. Le Ministre avait cependant assorti cet engagement d’une restriction concernant les w-e de janvier et les jours de Noël et du Nouvel An. Il indiquait vouloir respecter les activités des autres utilisateurs de l’espace rural, on pense essentiellement aux promeneurs.
Le Gouvernement wallon a entériné cet engagement lors de sa séance du 26 décembre dernier. La chasse, tant à l’affût qu’en battue, pour les espèces cerf daim, mouflon est autorisée du 07 au 31 janvier à l’exclusion des jours de w-e. La chasse au sanglier en battue et aux chiens courants est également prolongée jusqu’au 31 janvier 2013.
Ce sont donc 19 jours de chasse supplémentaires en janvier qui sont ainsi octroyés au monde de la chasse pour organiser non seulement des séances d’affûts mais également des battues pour finaliser des plans de tir ou accentuer la pression sur le sanglier.

Cette dernière décision gouvernementale a provoqué une réaction du Royal Saint-Hubert Club, via un communiqué de presse qui a de quoi surprendre tant sur le fonds que sur la forme (voir PDF en cliquant sur le lien suivant : RSHCB).

Le RSHCB reconnaît le caractère important de cet allongement de la période de chasse et qualifie d’ailleurs cette décision d’indispensable reconnaissant par là même que le Gouvernement a entendu cette ancienne revendication des milieux cynégétiques de disposer de davantage de temps pour vraiment régler le problème des surdensités.
Ce qui semble fâcher le RSHCB c’est la décision du Gouvernement de ne pas inclure les congés scolaires et les w-e dans cette autorisation.

Le syndicat des chasseurs procède ensuite à quelques analyses ou raccourcis pour le moins étonnants.

Anti démocratique ?

Le CSWC, comme tout autre organe d’avis en Région wallonne a bien uniquement un rôle consultatif. Il reste de la plus totale liberté du politique d’en tenir compte ou de s’en écarter résolument. Il n’est pas sot de penser que le Gouvernement wallon ait pu être sensible à la dimension sociale et récréative des forêts en période de vacances scolaires et durant les w-e de plein hiver.
La décision du gouvernement wallon est donc parfaitement démocratique, sauf à laisser croire qu’un gouvernement qui ne respecte pas les souhaits d’un lobby très sectoriel sortirait des voies de la démocratie. C’est bien au contraire son rôle même que d’arbitrer entre des souhaits d’acteurs variés.
Derrière cette position du RSHCB se pose plus largement la question de la pertinence de conseils d’avis aussi sectoriels que tous ceux qui ont à se prononcer sur des questions de ruralité. Il est bien évident que la question de l’accessibilité de la forêt aux citoyens promeneurs mérite d’être débattue dans des cénacles plus larges que celui des seuls chasseurs. Pour rappel, le CSWC est composé de 24 membres dont 16 chasseurs.
La révision de la fonction consultative en Région wallonne a été inscrite dans de nombreuses Déclaration de Politique régionale au cours des dernières décennies. En matière de ruralité, devant la transversalité évidente des enjeux, il est urgent qu’elle puisse être remise rapidement sur le métier.

La faute aux environnementalistes ?

Etonné que l’avis du CSWC n’ait pas été automatiquement suivi par le Gouvernement, le RSHCB envisage des pressions exercées par les utilisateurs récréatifs de la forêt qui, sont moins d’une ligne plus bas, par un raccourci saisissant, qualifiés d’environnementalistes.
La société semble très binaire pour le RSHCB. Il y aurait donc d’un côté les chasseurs et de l’autre les environnementalistes. C’est oublier qu’il y a très certainement des environnementalistes chasseurs. Il est très probable qu’il existe également des chasseurs environnementalistes. Mais surtout, il y a une écrasante majorité de citoyens qui refusent d’être affublés d’aucune de ces deux étiquettes et pour lesquels un w-e de janvier ou une fin de congés de Noël peut être une très naturelle invitation à une ballade forestière. C’est fort probablement à ce citoyen là que le Gouvernement wallon a pensé en restreignant quelque peu l’offre de journées supplémentaires qu’il octroyait aux chasseurs. Et cela devrait plutôt réjouir le secteur de l’HORECA et non pas l’inquiéter comme le laisse entendre ce communiqué de presse du syndicat des chasseurs.
Enfin, pour éclairer le RSHCB, la mouvance environnementale n’a pas été consultée sur ce point. Elle n’a pas non plus rendu d’avis d’initiative. Elle n’a pas non plus exercé de lobby sur ce sujet.
Ce sont donc bien les Ministres qui décident en Région wallonne. Et dans ce cas de figure, il l’ont fait dans le souci d’un intérêt collectif et non pas sectoriel.

Sans doute devient-il réellement urgent que le monde de la chasse s’ouvre à l’idée que les modifications de pratique qui lui sont demandées par la société civile n’ont pas comme seule origine les milieux environnementalistes mais sont bien davantage ancrées dans un questionnement collectif sur la place d’une chasse durable et socialement acceptable au XXI° siècle.

Contraire aux objectifs de réduction des densités ?

Le RSHCB fait preuve là d’une très mauvaise foi. Même avec les restrictions liées aux congés et aux w-e, ce sont bien 19 jours supplémentaires qui sont offerts aux chasseurs pour fermer les forêts et organiser des battues. Cela représente exactement 20 % de journées de chasse en battue supplémentaires pour cette seule saison de chasse 2012-2013. Or l’objectif de réduction des populations est de 30 % à atteindre en 3 années cynégétiques. C’est être petit joueur que d’avancer les 12 jours manquants (par rapport aux 19 offerts) pour préparer à l’idée qu’on ne pourra pas atteindre l’objectif.

Non pédagogique ?

La décision du Gouvernement wallon est pédagogique en ce sens qu’elle indique tant au monde de la chasse qu’au reste de la société qu’il prend des mesures réelles de réduction des densités, clairement identifiées comme problématique pour des raisons économiques, écologiques ou sanitaires. Elle indique que le Gouvernement wallon fait, à ce stade, confiance au monde de la chasse pour résoudre ce problème et qu’il lui en offre les moyens en terme de durée de la saison de chasse. Il indique enfin qu’il souhaite poursuivre un partage harmonieux de l’espace rural, respectueux des attentes respectives. C’est très pédagogique en terme de gestion intégrée de l’espace naturel commun.
La décision du Gouvernement wallon aura également une valeur pédagogique importante en fin de saison de chasse. Elle permettra effectivement de mesurer comment les chasseurs auront mis à profit cet accroissement de 20 % de leurs possibilités de chasse pour prendre le problème des densités à bras le corps et justifier ainsi la confiance que leur a fait le politique d’être les acteurs clefs de la solution.

Plus fondamentalement, le RSHCB craint très certainement que cette décision pour janvier ne finisse par s’étendre aux autres mois de chasse et que les w-e soient bientôt systématiquement non chassés.
Et là, on peut très aisément le rejoindre.
Il y aurait en effet là un risque évident d’exclure certaines catégories professionnelles ou sociales de l’exercice de la chasse. Jamais on n’a entendu le politique proposer ce genre d’exclusion. Jamais d’autres acteurs de la ruralité ne l’ont réclamé. Jamais les environnementalistes, qui semblent tant insupporter le RSHCB, n’ont émis un tel souhait.
Il eut sans doute été plus simple, plus serein et moins gratuitement caricatural pour le RSHCB d’indiquer clairement cette revendication de maintenir la chasse durant les w-e d’octobre à décembre dans son communiqué de presse.
Plutôt que de perdre son sang-froid, de taxer un gouvernement d’anti démocratique et de stigmatiser, sans fondement aucun, la mouvance environnementale.